« L’avenir est un passé cent fois vécu ».
14122008Bienvenue sur mon blog, dédié à mes écrits.
Textes, poèmes, romans, nouvelles, sur fond de guerre…

« Que faire lorsque l’on nous impose la violence ? Y répondre par la même violence, pour la faire cesser, au risque que la situation dégénère en une guerre interminable ? Ou bien ne pas en faire cas, pour justement éviter l’escalade, mais au risque de renier les valeurs qui nous ont construits ? C’est plus qu’un paradoxe, c’est un dilemme. C’est le choix d’hommes et de femmes libres de décider eux-mêmes de leur destin.
Mais à partir du moment où quelqu’un ordonne le combat à leur place et contre leur volonté, alors, tout est faussé. Les soldats deviennent les outils du pouvoir, de simples exécutants. Ils se soumettent à l’intérêt général, celui de la politique, de la raison d’état, souvent de la compromission.
Ils se substituent au pays tout entier et abandonnent leur condition d’humains dans ces conflits. Ils sont dépassés par les événements, ils ne pensent plus. Ils accomplissent les ambitions de la nation, qui sont souvent très éloignées de leurs propres intérêts. Parfois même, ils exécutent les basses besognes d’un système qui les a sournoisement manipulés.
On leur dit de prendre les armes, ils le font. On leur dit de les déposer, ils le font aussi. On leur dit de se sacrifier, de tenir coûte que coûte, ou bien de lever les bras et de se rendre, ils le font encore. Ce qu’ils n’accepteront jamais, c’est qu’on leur dise comment penser, qu’on leur enlève leur volonté de rêver et d’être libres, ne serait-ce que dans leur coeur, dans leur âme, à défaut de l’être dans leur existence.
Perdre sa vie pour gagner la liberté, quelle drôle d’idée ! À quoi peut bien servir la liberté si l’on ne vit pas pour en profiter ? Et pourtant, donner sa propre existence pour que quelqu’un d’autre puisse vivre libre, c’est cela qui légitime la guerre et qui nous la fait accepter, malgré tout.
Qui pourrait, en fait, admettre autant de malheurs, autant de souffrances ? Personne ne le tolère en réalité et il est là, le problème. C’est ce paradoxe qui anime les hommes depuis toujours. Il les galvanise et leur donne l’énergie, le courage de lutter, de tuer, de mourir, en un mot de faire la guerre, alors qu’ils la maudissent au fond d’eux-mêmes.
Ils n’obéissent à aucune idéologie particulière, si ce n’est celle qui les conduit vers leur liberté. Mais on ne peut pas toujours faire la guerre, impunément, au nom de la liberté. De quelle liberté ? Elle peut être très légitime, mais aussi très arbitraire, voire indue. C’est au nom de la liberté des peuples conquis, mais aussi de celle des peuples conquérants que les guerres alimentent l’Histoire.
Les donneurs de leçons, les bourreurs de crânes, l’élite, ceux qui prônent la non-violence, comme ceux qui vantent les bienfaits de la guerre, sans aucune nuance, d’une manière rigoureuse, implacable et sans appel, ne pourront jamais comprendre. Ils n’ont jamais été contraints de se battre, ils n’ont jamais été confrontés à ce choix impossible, la liberté ou la mort.
Refuser la guerre, c’est comme faire la guerre, c’est de toute façon perdre sa dignité, son humanité, sa liberté. C’est se soumettre, c’est accepter la mort. »
© Éditions Orionis, novembre 2008.
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